Accompagner la transition alimentaire de nos chimpanzés

Au Zoo de La Palmyre, les grands singes bénéficient désormais d’un régime alimentaire composé principalement de légumes. La raison ? Réduire les apports en sucre et surtout augmenter la part de fibres, conformément aux recommandations nutritionnelles actuelles pour ces espèces.

Après les orangs-outans et les gorilles, ce sont donc nos deux groupes de chimpanzés qui ont vu leur ration alimentaire évoluer au cours des derniers mois. Derrière cette transition se cache aussi une étude menée en collaboration avec l’Organisme de Recherche et Bureau d’Etude en Bien-être animal Akongo destinée à évaluer les effets de ces nouvelles rations sur le comportement, la santé et les relations sociales de nos différents groupes de grands singes.

Pourquoi supprimer les fruits ?

Les fruits cultivés pour la consommation humaine sont très éloignés des fruits sauvages consommés par les primates en milieu naturel qui contiennent plus de fibres, peu ou pas de sucre et s’apparentent donc davantage à des légumes. Dans la nature, les apports en fibres sont donc largement supérieurs à ceux en sucre. Par ailleurs, une alimentation très sucrée et insuffisante en fibres peut avoir des conséquences négatives sur la santé et le comportement des animaux : surpoids, diarrhée, diabète, maladies hépatiques ou cardiaques, compétition alimentaire pouvant augmenter les comportements agressifs, etc...

© F. Perroux

Les recommandations scientifiques actuelles encouragent donc une alimentation « collant » davantage au régime des primates évoluant en milieu naturel : varié, riche en fibres et à la teneur en sucres minime. L’enjeu n’est pas seulement nutritionnel : il concerne aussi le bien-être global des animaux.

Une transition en douceur

La transition alimentaire s’est étalée sur 4 mois avec huit phases de 2 semaines comprenant chacune une dizaine de jours d’observations permettant d’évaluer chaque étape de la transition. Les fruits ont été retirés progressivement afin de laisser le temps aux chimpanzés de s’adapter. Les rations étaient soigneusement contrôlées et pesées, respectant ainsi le protocole nutritionnel établi par les vétérinaires du parc.

Les observations des chercheurs ont notamment permis de calculer le temps passé à s’alimenter, de déterminer les préférences alimentaires et les restes laissés par les animaux ou encore de suivre l’évolution des interactions sociales (jeux, toilettage, conflits…). Le poids et l’état corporel des individus était également régulièrement contrôlé, ainsi que la qualité de leurs selles.

© F. Perroux
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Les premières conclusions font état d’une transition bien tolérée par les deux groupes, avec un temps d’alimentation augmenté de manière assez significative, notamment lors du repas de fin de journée. Tous les légumes ne rencontrent toutefois pas le même succès : les légumes racines comme les carottes et les betteraves sont très appréciés, alors que les légumes feuilles sont moins bien consommés. Les légumineuses sont quant à elles très populaires chez l’un des deux groupes et… beaucoup moins chez l’autre ! Comme chez les humains, les préférences alimentaires individuelles varient.

Des dynamiques sociales légèrement modifiées

Dans l’un des groupes, les interactions sociales globales ont diminué, en particulier le toilettage, un comportement parfois très présent chez certains individus qui pouvait entraîner une dépilation. Aucune perte de poids n’a été enregistrée.

L’étude a montré qu’une réduction progressive puis la suppression des fruits au profit d’aliments riches en fibres sont possibles sans impact négatif sur la santé ou le comportement des animaux. Elle souligne aussi l’importance d’un suivi rigoureux et multidimensionnel : alimentation, santé, interactions sociales et comportements doivent être étudiés ensemble pour évaluer objectivement le bien-être animal. Au-delà des données récoltées, cette transition rappelle une chose essentielle : adapter l’alimentation des animaux de zoos aux connaissances scientifiques actuelles fait partie intégrante de l’amélioration de leur qualité de vie.

© F. Perroux
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La transition alimentaire ne concerne pas que nos grands singes. Elle est aujourd’hui complète chez nos lémuriens, nos cercopithèques, nos mandrills, nos macaques et nos gibbons. Elle sera mise en place chez nos ouistitis, tamarins et sakis dans les toutes prochaines semaines.