Sauver les capucins à poitrine jaune au Brésil

Depuis 2004 et l’arrivée des premiers capucins à poitrine jaune (Cebus xanthosternos) au sein du parc, nous avons contribué à leur préservation dans la nature en finançant chaque année le programme de conservation mis en œuvre par le gouvernement brésilien afin d’éviter la disparition de cette espèce.
Endémique à la Mata Atlântica (forêt atlantique brésilienne), ce petit singe robuste, dynamique et extrêmement intelligent voit en effet son habitat disparaître au profit de pâturages, de plantations de cacao ou d’eucalyptus destiné à la production de pâte à papier. C’est aussi l’un des primates les plus chassés pour sa viande et l’animal de compagnie préféré des populations locales.
 

 

Les colonies portugaises établies le long de la côte atlantique dès le 16ème siècle défrichèrent les premières la forêt atlantique pour en extraire les bois précieux et y implanter des élevages de bétail. Par la suite, le développement des plantations de canne à sucre entraina la destruction presque totale des forêts côtières. Au cours des 19ème et 20ème siècles, la déforestation ne fit que s’intensifier davantage. L’expansion de la population engendra une demande croissante pour le charbon et le bois de chauffe, les monocultures intensives se généralisèrent. Le phénomène s’accéléra encore entre 1960 et le début des années 80, laissant aujourd’hui la Mata Atlântica réduite à seulement 10% de sa surface originelle.

Les études de terrain entreprises à partir de 2002 dans plusieurs réserves abritant des capucins à poitrine jaune (dont celle d’Una) ont montré l’extrême fragmentation des populations et ont permis d’estimer le nombre global d’individus à moins de 3000. Elles ont également fourni de précieuses informations sur l’écologie et le comportement de cette espèce grâce à l’installation de pièges photos puis à la pose de colliers émetteurs sur plusieurs individus. Sans la radio télémétrie, il était en effet difficile voire impossible de localiser les animaux pour réaliser des observations régulières !

Les chercheurs ont ainsi pu mesurer la taille moyenne du domaine vital des groupes de capucins, la plus vaste de toutes les espèces du genre Cebus, probablement en raison de la rareté des ressources alimentaires qui oblige les animaux à parcourir de longues distances. Les capucins à poitrine jaune consacrent d’ailleurs plus de la moitié de leur temps à se déplacer, le reste de leurs journées étant rythmé par les phases d’alimentation, les interactions sociales et le repos. Ils se nourrissent principalement de fruits, d’invertébrés et de petits vertébrés, ainsi que de fleurs et de nectar. Ils ingèrent la plupart des graines ce qui en fait des disséminateurs important et ils jouent donc un rôle fondamental dans la régénération des essences forestières. Les groupes, surtout actifs aux premières et dernières heures du jour, sont composés d’une dizaine à une trentaine d’individus avec un mâle dominant qui contrôle l’accès à la nourriture et aux femelles.
L’ensemble des données ainsi obtenues ont motivé l’extension de la Réserve Biologique d’Una (passée de 11000 à 18000 hectares) en 2007 puis la création en 2010 par le gouvernement fédéral du Parc National de Serra das Lontras regroupant plus de 11000 hectares de forêts protégés dans l’aire de répartition du capucin à poitrine jaune.

Aujourd’hui le programme souhaite orienter ses actions vers l’intérieur des terres où les capucins à poitrine jaune évoluent dans un environnement moins hospitalier de forêts sèches et où ils utilisent des pierres comme marteau et enclume pour briser les noix de palme, un comportement sophistiqué (les capucins sont les seuls primates avec les grands singes à utiliser des outils) encore peu étudié.

Parallèlement aux futures recherches qui seront  menées dans cette zone, le programme a également l’intention de répertorier et cartographier les petites populations isolées de capucins potentiellement déplaçables (grâce à des translocations) vers des fragments de forêt plus grands et protégés.
Le chemin est encore long avant que l’espèce ne soit définitivement sauvée. La création de nouvelles aires protégées, la poursuite de la lutte contre l’exploitation des capucins comme animaux de compagnie ainsi qu’un plan de gestion de l’espèce en métapopulation sont quelques unes des mesures préconisées afin d’assurer leur survie à long terme au sein de ce qui reste de la Mata Atlântica. Les zoos européens, dont celui de La Palmyre, grâce aux fonds qu’ils reversent chaque année au programme, comptent parmi les acteurs importants de la conservation des capucins à poitrine jaune.
 
 
 

Texte & photo : F.Perroux - Zoo de la Palmyre