L’orang-outan de Bornéo classé en danger critique d’extinction

C’est désormais officiel : le statut de l’orang-outan de Bornéo (Pongo pygmaeus) vient de passer de celui d’espèce « en danger » à « en danger critique d’extinction » sur la Liste Rouge de l’UICN, ultime palier avant l’extinction dans la nature si aucun changement majeur concernant la gestion de son habitat n’est entrepris.
 
Cette décision est basée sur une évaluation de « Borneo Futures », une initiative lancée par les Dr. Marc Ancrenaz (co-fondateur de l’ONG Hutan financée par le Zoo de La Palmyre depuis 2002) et Erik Meijard*. Si elle ne signifie pas forcément que les orangs-outans, dont l’adaptabilité aux environnements extrêmement dégradés a été démontrée par Hutan, vont disparaître à court terme, elle alerte néanmoins sur l’urgence de prendre les mesures nécessaires pour améliorer la cohabitation entre ces grands singes et les hommes, pour créer et maintenir des corridors forestiers facilitant la mobilité des animaux et pour stopper la chasse qui représente aujourd’hui un fléau majeur et très inquiétant pour l’espèce.

 
Pourquoi se soucier du sort des orangs-outans ?
Parce qu’ils participent à la régénération de la forêt en dispersant les graines non digérées des fruits et par conséquent au maintien d’un écosystème sain, essentiel à la survie des autres espèces y compris l’homme ! Parce qu’ils fondent une partie de l’identité culturelle des peuples autochtones de Bornéo et qu’en tant que symbole fort de cette identité, ils ne peuvent ni ne doivent être sacrifiés au nom du développement économique. Parce qu’ils participent à l’attrait de Bornéo en tant que destination touristique et que leur disparition serait catastrophique pour l’économie locale et l’image de marque de la Malaisie.
 
Qui est responsable ?
L’industrie de l’huile de palme concentre évidemment l’essentiel des griefs depuis de nombreuses années. Mais les populations d’orangs-outans déclinant sur l’ensemble de leur aire de répartition, la conversion des forêts en terres agricoles n’est pas la seule explication au déclin massif de l’espèce. Les modifications climatiques, l’exploitation minière et la construction d’infrastructures qui fragmentent de plus en plus l’habitat et isolent les sous-populations d’orangs-outans sont également largement responsables de leur disparition. Mais c’est la chasse qui constitue aujourd’hui le danger principal : on estime qu’entre 2000 et 3000 orangs-outans sont tués chaque année à Bornéo, un taux difficilement soutenable pour cette espèce à reproduction très lente (un petit tous les 6 à 8 ans seulement).

Comment et qui doit agir ?
Protéger l’habitat est essentiel mais pas suffisant : près de 70% des orangs-outans vivent aujourd’hui en dehors des zones protégées ! Même si les forêts abritant les populations d’orangs-outans les plus importantes doivent être identifiées et préservées, l’amélioration de la cohabitation au sein des espaces déjà fortement anthropisés et où l’espèce est probablement capable de survivre (à condition que ces zones soient gérées de façon responsable) constitue sans aucun doute l’axe principal de travail à l’heure actuelle.
Les industries de l’huile de palme, du bois ou minières ne doivent pas se contenter d’afficher leur volonté d’adhérer à un système prônant des pratiques durables, elles doivent les mettre en œuvre concrètement et rapidement sur le terrain ! Des corridors forestiers permettant de relier les populations d’orangs-outans isolées doivent être aménagés, tout comme doivent être maintenues les forêts ripariennes en bordure des rivières afin de lutter contre la pollution, l’eutrophisation de l’eau et l’érosion des sols et ainsi maintenir un écosystème sain et fonctionnel.
Mais plus important encore, il nous faut passer d’une approche privilégiant le profit immédiat pour une minorité à une vision plus globale où l’on considère que chaque partie est en interaction avec les autres et qu’elles forment un tout qui leur est supérieur. En d’autres termes : nous sommes tous sur le même bateau et celui-ci a besoin de chacun d’entre nous pour avancer dans la bonne direction ! En choisissant de consommer des produits certifiés, en évitant le gaspillage, en adoptant une démarche éco-responsable dans nos gestes quotidiens, en nous informant et en diffusant autour de nous des messages nous incitant à davantage considérer et prendre soin de notre environnement naturel, bref, en étant acteur et pas simplement consommateur, nous pouvons, même à titre individuel, faire la différence et contribuer à rendre ce monde un peu plus doux et surtout pérenne pour les orangs-outans, les hommes et tous les autres êtres, vivants ou non, qui le composent.
 
Florence Perroux

* Ancrenaz, M., Gumal, M., Marshall, A.J., Meijaard, E., Wich , S.A. & Husson, S. 2016. Pongo pygmaeus. The IUCN Red List of Threatened Species 2016: e.T17975A17966347