Visite sur le site du projet Bamboo lemur à Madagascar

Depuis 2011, le Zoo de La Palmyre apporte son soutien financier au projet Bamboo lemur géré par l'association Helpsimus à Madagascar. Il a récemment eu la chance de pouvoir se rendre sur place afin de visiter le site du programme de conservation en compagnie de sa responsable, Delphine Roullet, primatologue, curatrice primates au Parc Zoologique de Paris et gestionnaire de l'EEP du grand hapalémur (Prolemur simus). Même si le grand hapalémur ne fait pas partie des 4 espèces de lémuriens hébergées au zoo (et qui sont le maki catta, le lémur vari roux, le lémur vari à ceinture blanche et le lémur aux yeux turquoise), cette espèce classée en danger critique d'extinction sur la Liste Rouge de l'UICN est aujourd'hui l'une des plus menacées à Madagascar et sa préservation sur le terrain mérite donc d'être appuyée.
 
Il s'agissait également pour le parc de participer au tournage d'un documentaire sur la conservation in situ financée par les parcs zoologiques et de réaliser des séquences pour le prochain DVD du zoo.


Tournage de séquences vidéos en forêt et devant le grenier communautaire de Vohimarina construit par Helpsimus.

Au cours de la mission, le zoo a pu assister au 3ème Atelier International sur le grand hapalémur (initié et organisé par Helpsimus) qui a réuni dans la ville de Ranomafana (sud-est de Madagascar) toutes les organisations oeuvrant actuellement pour la conservation de ce lémurien dans l'ensemble de son aire de répartition. Ce symposium a notamment permis de faire le point sur les actions menées dans les différentes régions et de donner une nouvelle estimation de la population globale de grands hapalémurs : environ 1000 individus contre un peu plus de 400 en 2011 lors du précédent atelier !

Discussions pendant l'Atelier Technique sur la conservation du grand hapalémur.

A l'issue de l'atelier, le zoo a participé à la 3ème édition de la Fête du Simus, un évènement annuel particulièrement attendu qui rassemble tous les acteurs du projet Bamboo lemur (Helpsimus, villageois, Parc National de Ranomafana) au cours d'une grande journée de sensibilisation sur la préservation du grand hapalémur. La fête, qui avait lieu cette année dans la ville de Ranomafana, a rassemblé près d'un millier de personnes. Au programme des réjouissances : discours des autorités locales, chants et danses traditionnels, carnaval, tournoi de football féminin, concours de pétanque et compétition de natation, projection d'un documentaire sur la faune endémique de Madagascar et grand bal.

Défilé des guides du projet Bamboo lemur.

Danses folkloriques par les enfants de l'école de Sahofika.

Tournoi de foot féminin.

Compétition de natation.

Le zoo s'est ensuite rendu sur le site du projet Bamboo lemur qui concentre ses actions dans une zone non protégée et très dégradée située à 4 km du Parc National de Ranomafana. C'est là qu'évolue actuellement près d'un quart de la population globale de grands hapalémurs, soit 250 animaux répartis en 9 groupes suivis quotidiennement par une quinzaine de guides issus des communautés locales et rémunérés par le projet.

Au second plan (zone boisée foncée) : le Parc National de Ranomafana. Au premier plan : le territoire du groupe 4.

Le zoo a eu le privilège d'observer 3 groupes de grands hapalémurs sauvages durant son séjour sur place, dont 1 groupe parmi les plus importants jamais observés puisqu'il compte plus d'une quarantaine d'individus ! Depuis l'arrivée d'Helpsimus dans la région en 2010, la population de grands hapalémurs n'a cessé de croître, preuve de l'efficacité des actions engagées.

 
En dehors des exigeants treks en forêt de bambou à la recherche des grands hapalémurs, le zoo a également pu accompagner Delphine Roullet lors de ses visites dans les villages partenaires du projet et assister aux discussions entre les responsables d'Helpsimus et les habitants.

Discussion avec le responsable du village d'Ambodimanga (au fond à gauche).

En effet, outre le suivi scientifique des animaux assuré par les guides et des primatologues malgaches membres du GERP (Groupe d'Etude et de Recherche sur les Primates de Madagascar), l'association vise à assurer une coexistence harmonieuse entre les grands hapalémurs, dont l'alimentation se compose essentiellement de bambou, et les communautés qui dépendent entièrement des terres qu'ils cultivent et procèdent donc à des défrichements réguliers en utilisant notamment la technique traditionnelle du "tavy" (brûlis) appauvrissant le sol et donc les rendements à court terme.
 
Au cours des discussions, les autorités font généralement part de leurs difficultés et exposent leurs requêtes à l'association qui tente ensuite d'apporter les solutions les plus adaptées en fonction de ses moyens financiers et des contraintes techniques. Les demandes des villageois portent en priorité sur l'amélioration de l'éducation et l'aide au développement. C'est pourquoi l'association prend en charge la construction ou la rénovation de salles de classe et d'écoles, le salaire des instituteurs, l'achat et l'acheminement des fournitures scolaires. Le zoo a ainsi pu visiter l'école du village d'Ambodimanga, en très mauvais état, qu'Helpsimus espère pouvoir rénover l'année prochaine si elle parvient à trouver le financement nécessaire.

L'école d'Ambodimanga.

L'autre problème majeur concerne l'apparition récente de conflits entre les homme et les animaux, ces derniers s'attaquant régulièrement à certaines rizières ou plantations de canne à sucre. Helpsimus travaille actuellement à la création d'activités génératrices de revenus susceptibles de compenser les pertes subies par les familles mais aussi à des solutions permettant de protéger les cultures, notamment la mise en place de fossés d'eau autour des champs visités par les animaux.
 
Le zoo a enfin eu l'opportunité d'assister à une séance de sensibilisation sur la préservation du grand hapalémur organisée par le GERP dans le village de Volotara. Des rencontres qui permettent de rappeler l'importance et l'intérêt de protéger cette espèce et d'impliquer l'ensemble des villageois (autorités, anciens, femmes, enfants) dans la réussite du projet.

Sensibilisation des villageois de Volotara.

Si le fait de pouvoir se rendre sur le terrain permet au bailleur d'un programme in situ de voir comment les fonds sont concrètement utilisés sur place, cela lui permet surtout d'appréhender le contexte global du projet, de mesurer ses réussites mais aussi les difficultés inhérentes au travail de terrain.
 
Dans le cas du projet Bamboo lemur, un seul constat s'impose : les actions qu'il met en place avec un budget pourtant modeste ont déjà permis de réduire sensiblement les défrichements, d'améliorer l'éducation des enfants et de créer une quinzaine d'emplois locaux. Même si l'avenir des 250 grands hapalémurs présents sur zone n'est pas encore assuré à long terme, les 50 naissances enregistrées l'an dernier rayonnent comme une belle lueur d'espoir !
 
Si vous voulez devenir membre d'Helpsimus et participez vous aussi à la sauvegarde du grand hapalémur : www.helpsimus.org
 
Vidéo à suivre : la mission du zoo sur le projet Bamboo lemur à Madagascar !

Texte & photo : F.Perroux - Zoo de la Palmyre