Le grand hapalémur (Prolemur simus) n’est pas le lémurien le plus connu de Madagascar. Il est pourtant l’un des plus menacés de « l’île continent », classé « en danger critique d’extinction » sur la Liste Rouge de l’UICN et parmi les 25 primates les plus menacés au monde.
C’est pour tenter de sauvegarder les 500 individus encore présents dans quelques fragments de forêt humide de l’Est de Madagascar qu’a été créée en 2009 l’Association Française de Sauvegarde du Grand Hapalémur également appelée Helpsimus.
Son objectif est double : lever des fonds pour financer la conservation de l’espèce à Madagascar et faire connaître au grand public ce lémurien discret, peu représenté dans les parcs zoologiques européens (le programme d’élevage ne compte que 22 individus !) et à l’alimentation très spécialisée puisque composée quasi exclusivement de bambous dont il affectionne toutes les parties (feuilles, tiges, pousses…).
En 2012, le zoo de La Palmyre a apporté son soutien à Helpsimus pour financer le programme « Ramaimbangy »* , localisé dans la forêt primaire de Vohibe située au confluent des rivières Nosivolo et Mangoro, à l’Est de la grande île.

C’est là qu’a été confirmée l’an dernier la présence de groupes de grands hapalémurs, alors qu’on pensait l’espèce désormais restreinte au nord et au sud de cette région. La découverte de cette nouvelle population en forêt de Vohibe a non seulement permis de redéfinir l’aire de répartition de l’espèce, mais également d’obtenir des données préliminaires sur le comportement des animaux (encore méconnu dans la nature). Les conditions d’observation des groupes sont pourtant difficiles, ceux-ci se déplaçant beaucoup et rapidement ! Cette zone d’étude s’avère donc extrêmement importante car elle met en évidence une répartition « longitudinale » de l’espèce plus étendue que prévue, mais elle confirme également la fragmentation de la population globale de grands hapalémurs et par conséquent sa grande fragilité, l’isolement des groupes compromettant la viabilité à long terme de l’espèce.
Le grand hapalémur est en effet particulièrement menacé par la destruction de son habitat, les coupes de bois et les brûlis (tavy) qui entraînent la disparition rapide de la forêt.

La chasse pour la viande mais aussi pour protéger les cultures (les grands hapalémurs peuvent se montrer opportunistes et compléter leur alimentation à base de bambou par la canne à sucre ou les fruits du caféier) constitue un autre danger immédiat.

Enfin la pollution de l’eau (due à l’exploitation minière), ainsi que sa raréfaction en raison du changement climatique, représentent également des facteurs limitant la survie du grand hapalémur : il est en effet l’un des seuls lémuriens régulièrement observé descendant au sol pour s’abreuver dans les cours d’eau.
Si l’homme est à l’origine des menaces pesant sur le grand hapalémur, il détient aussi la clé de sa conservation à long terme, à condition de fournir l’aide technique et financière indispensable aux communautés locales pour leur permettre de réduire les pressions sur la forêt, et par conséquent sur la faune.
Le programme « Ramaimbangy » a donc recruté 6 patrouilleurs issus des communautés alentours, chargés de suivre les groupes de grands hapalémurs, de détruire les pièges à lémuriens et de signaler les coupes de bois et les cultures illégales en forêt de Vohibe.

Quatre animateurs ont également pour mission d’organiser les activités d’éducation environnementale et de sensibilisation dans les écoles et les villages de la région. Enfin, des microprojets d’aide à la population vont être mis en place : distribution de haricots (source alternative de protéines pour la population) et plantation de bambous (augmentation des ressources alimentaires pour les grands hapalémurs).
Quelque soit la zone de l’aire de répartition concernée, la préservation des grands hapalémurs passe par l’implication des communautés locales, la lutte contre la pauvreté et l’éducation à la gestion durable des ressources naturelles. Ce sont les objectifs principaux des associations de conservation sur le terrain, ce sont aussi ceux du projet « Ramaimbangy » et d’Helpsimus.
*Programme mené par The Aspinall Foundation et le Groupe d’Etude et de Recherche sur les Primates de Madagascar (GERP).







