Programme gorilles au Gabon : prospections en saison des pluies
Entre janvier et avril 2011, une nouvelle mission de terrain s’est déroulée au sein de la concession CEB, mais cette fois-ci au coeur de la grande saison des pluies. Pour Max Hurdebourcq, responsable du Programme de conservation des gorilles de Bambidie, il s’agissait de confirmer la présence des grands singes dans la clairière repérée l’an dernier en saison sèche et de poursuivre le programme de sensibilisation démarré en 2008.
Deux jours d’efforts auront été nécessaires pour parvenir à hisser puis arrimer solidement dans les branches le hamac servant de poste d’observation. Suspendu à une dizaine de mètres au-dessus du sol, le perchoir est solide et relativement confortable, à condition que les mouches, les taons et les guêpes, particulièrement « voraces » en saison des pluies, ne se déchaînent pas trop ! A condition également qu’un essaim d’abeilles n’élise pas domicile dans le même arbre, rendant l’affût parfois insupportable… De surcroît, à cette hauteur, vertige et oubli de matériel sont interdits! Pas question non plus d’arriver tard dans la matinée, sous peine de louper les meilleures heures d’observation ! Mais une fois bien installé, la vue à 180° est imprenable et permet de surveiller toutes les allées et venues dans la clairière. Alors seulement, l’attente peut commencer…

Sur 35 jours d’observation, 33 contacts visuels avec des gorilles ont été réalisés (groupes familiaux ou dos argentés solitaires). Ce résultat tout à fait remarquable confirme l’exceptionnelle qualité de ce lieu où se pressent quotidiennement de nombreux gorilles mais aussi des éléphants ou des guibs d’eau (sitatungas). Deux pièges caméras installés en lisière sud de la clairière ont également permis de filmer des chimpanzés. Le sol marécageux du baï (qui signifie « prairie » en langue pygmée), riche en plantes aquatiques, attire en effet une faune sauvage diversifiée, venue y chercher les sels minéraux indispensables à son organisme.
Au total 4 groupes composés respectivement de 6, 8, 9 et 12 individus ont pu être identifiés. Trois groupes différents ont été observés le même jour, mais pas au même moment. Dans l’ensemble, les animaux se montrent plutôt calmes et ne s’enfuient pas lorsqu’ils finissent par remarquer la présence de l’observateur. Un signe encourageant pour le processus d’habituation, qui constitue un passage obligé pour le projet d’écotourisme de vision.
Sur les 2 dernières missions, ce sont donc près de 120 contacts et indices de présence qui ont été enregistrés, confirmant ainsi la forte densité de gorilles dans la zone. Seul bémol : quasiment tous les groupes rencontrés comprennent des individus présentant des anomalies physiques (dépigmentation cutanée, goitre ou pelade). Compte tenu de la fréquence de ces observations, il semble urgent d’évaluer l’état sanitaire de la population. Le responsable du programme de conservation a donc proposé au CIRMF (Centre International de Recherches Médicales de Franceville) d’entreprendre une étude concernant ces différentes pathologies. Cet institut dispose en effet d’un centre de recherche spécialisé sur les questions de santé pour l’Afrique centrale, associé à l’un des plus grands centres de primatologie au monde. Il abrite également une unité de haute sécurité avec un laboratoire de type P4, unique en Afrique francophone, qui permet le diagnostic et la recherche sur les germes hautement infectieux, comme le virus Ebola. Cette future collaboration du CIRMF avec le programme devrait permettre d’en apprendre davantage sur ces étranges affections.
Parallèlement au programme scientifique, le volet sensibilisation continue de se développer. Les 8 bâches pédagogiques conçues par le zoo de La Palmyre et illustrées par Emmanuelle Zicot ont été installées dans les villages bordant la concession. Elles expliquent le comportement à adopter si l’on se trouve confronté à des gorilles en forêt.
Le responsable du programme était également accompagné de Juste Zoulahoube, un pisteur professionnel ayant participé à un programme d’habituation de gorilles sauvages dans une autre région du Gabon. Il a pu expliquer en quoi consistait son travail de pisteur et montrer l’intérêt de protéger les grands singes et la biodiversité de la forêt, notamment dans la perspective de développer l’écotourisme sur le site.
Cette 5ème mission s’achève sur un bilan positif. Les gorilles sont toujours présents et nombreux, plusieurs partenariats scientifiques (CIRMF, ZSL, Université de Gembloux) ont été démarrés ou sont à l’étude, les gestionnaires de la concession renouvèlent leur soutien au projet et le programme pédagogique trouve un écho favorable auprès des populations locales.
Néanmoins, beaucoup reste encore à faire. Une 6ème mission démarrera en septembre, elle devrait durer plus longtemps afin de permettre une identification plus précise des groupes de gorilles. Deux plateformes en bois facilitant l’observation et couvrant toute la surface de la clairière devraient être installées. De nouvelles prospections en forêt à la recherche de nouveaux baïs sont également envisagées, de même que le recrutement de guides, de pisteurs et d’animateurs qui devront être formés au suivi des animaux et en éducation à la conservation. La création d’une fondation pour la préservation de la biodiversité et le développement local est enfin à l’étude.
En attendant le compte rendu de la prochaine mission, voici quelques images tournées par Max Hurdebourcq pendant ses observations. Retrouvez également d’autres vidéos, de nombreuses photos et le journal détaillé des missions de terrain sur le tout nouveau site internet du programme :
http://www.bambidiegorillaproject.org/
Passionnant !






