Les forêts vierges de toute activité humaine se font de plus en plus rares. Seuls 8% des forêts mondiales bénéficient en effet d’une protection intégrale, le reste faisant l’objet d’une exploitation plus ou moins intensive. Les arbres des forêts tropicales, aux dimensions hors normes et d’une résistance exceptionnelle, sont particulièrement prisés. De cette demande croissante résulte un déboisement à grande échelle, parfois illicite lorsque la législation du pays concerné est insuffisante, le plus souvent réalisé sans souci de gestion durable, avec les conséquences dramatiques que l’on connaît pour la faune sauvage, et notamment les grands primates comme les gorilles, les chimpanzés ou les orangs-outans.
Le KOCP (Programme de Conservation des Orangs-outans de la Kinabatangan) vient pourtant de mettre en évidence l’étonnante adaptation du grand singe roux aux forêts exploitées commercialement : une étude récente confirme en effet que les orangs-outans de l’état de Sabah évoluent majoritairement dans les forêts situées en dehors des parcs nationaux (ne bénéficiant donc d’aucune protection) et où l’industrie du bois occupe une place prépondérante. La raison de cette exceptionnelle densité d’animaux ? Il semblerait que les forêts exploitées, grâce aux nouvelles trouées entraînées par l’abattage, permettent la pousse de nouvelles essences, offrant ainsi une plus grande diversité et abondance de végétaux à la faune.
Depuis plusieurs mois, nous nous intéressons à un cas similaire au Gabon. Nous avons en effet démarré le financement d’un programme de conservation visant à protéger les populations de grands singes, en particulier les gorilles, évoluant dans une zone d’exploitation forestière localisée dans l’Est du pays. L’objectif est double : étudier les groupes de gorilles afin d’évaluer leur adaptation à un milieu fortement anthropisé et sensibiliser les communautés demeurant autour de la concession à la préservation des grands singes et de leur habitat.
Genèse du programme
En 2004, recruté par un programme de protection sur les tortues luth, le plongeur professionnel et photo-reporter Max Hurdebourcq découvre le Gabon. Intrigué par les forêts tropicales et l’exploitation qui en est faite, désireux de réaliser un reportage sur cette activité controversée, il prend contact avec la Compagnie Equatoriale des Bois (CEB), alors en passe d’obtenir la certification FSC (la plus reconnue au niveau international et par conséquent la plus recherchée) et qui possède une immense concession de 600 000 hectares dans la province de l’Ogooué-Lolo. Lorsqu’il ne suit pas le travail quotidien des forestiers, il effectue seul des incursions en forêt au cours desquelles il parvient à observer de nombreux gorilles, une espèce pourtant réputée difficile à voir en Afrique centrale. Ces derniers semblent s’accommoder du bruit des tronçonneuses et des trouées du sous-bois, Max Hurdebourcq recense même de nombreux nids à proximité des pistes permettant le passage des grumiers !
Pressentant l’intérêt de cet étonnant cas de figure, Max convainc la CEB d’accepter la venue d’un primatologue chargé de faire une première estimation de la densité de gorilles dans la concession. Il obtient également d’organiser les opérations de sensibilisation auprès des enfants vivant dans les villages autour de la concession.
Car tout n’est pas parfait dans le meilleur des mondes. En dépit d’une exploitation forestière à impact réduit, désormais labellisée FSC (ce qui signifie que les coupes de bois sont pratiquées selon des principes de gestion durable), les gorilles doivent faire faire à la menace du braconnage, malheureusement bien présent sur la zone. Malgré le barrage systématique des pistes desservant les zones en fin d’exploitation et le contrôle des grumiers aux points d’entrée et de sortie de la concession, la chasse pour la viande de brousse est une pratique courante.
La situation nous laisse cependant espérer un fort potentiel en matière de conservation. La faune sauvage observée dans la concession est diversifiée et abondante, ce qui tend à montrer que les animaux sont capables de s’adapter à un milieu connaissant une forte pression anthropique, à condition que les activités humaines respectent un mode de gestion raisonné et durable. Gorilles, chimpanzés, éléphants, antilopes sont régulièrement aperçus en forêt et dans les bais (clairières) qui la jalonnent.
Les images ci-dessous, tournées par Max Hurdebourcq lors de ses expéditions en forêt, montrent un face à face étonnant avec un groupe de gorilles. La curiosité dont les animaux font preuve et le calme avec lequel ils dévisagent l’observateur laissent tout simplement rêveur…
A suivre : les premiers résultats des missions de terrain démarrées 2008.
Les gorilles de Bambidie
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